« Egonomics » : trop de pouvoir tue le pouvoir ?

Le documentaire “Egonomique mon chef ce psychopatre”, diffusé récemment sur Arte, met le doigt sur la question qui agite toutes les grandes entreprises d’aujourd’hui : quel doit être le rôle d’un manager dans une entreprise, et quelle place doit être donnée à la hiérarchie ?

Les auteurs du documentaire interrogent de nombreux psychologues du travail et sociologues. Tous arrivent à la même conclusion : le modèle néolibéral qui met l’accent sur la culture du chiffre, la performance et la productivité de l’individu favorise l’émergence de dirigeants autoritaires qui, pour une poignée d’entre eux, peuvent même présenter un profil psychopathologique. Ces dirigeants n’ont pour tout horizon que l’accroissement infini du chiffre d’affaires de leur société, au mépris de toute considération personnelle. Quant au cadre ou à l’employé placé sous ses ordres, il a pour seule fonction de lui permettre d’atteindre cet objectif. Autrement, il perd toute légitimité et doit être écarté. Corollaire de cette dérive, les cadres et employés n’ont d’autre choix que d’aller dans le sens de cette injonction, quitte à mentir en cas de difficulté. Le récent scandale du Dieselgate, qui a vu des ingénieurs de Volkswagen falsifier des données pour atteindre les objectifs assignés par leur hiérarchie, n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. L’aboutissement de cette dérive personnalisée du pouvoir, c’est ce PDG de Lehmann Brothers qui préfère cacher les résultats réels de sa banque que remettre en question sa stratégie et son leadership, et précipite tout le système financier dans le chaos.

Car tel est l’enseignement de ce documentaire. Ces dirigeants autoritaires obtiennent souvent des résultats à court ou moyen terme et peuvent même susciter l’adhésion de leurs collaborateurs, fascinés par leur dévouement à leur entreprise – qui n’est en réalité qu’une dérive obsessionnelle pour le pouvoir et l’enrichissement personnel. Cependant, ils s’avèrent destructeurs à long terme en terme de performance globale de l’entreprise mais aussi, et surtout, en terme d’engagement des salariés, avec des répercussions de plus en plus désastreuses sur leur équilibre physiologique et psychique. A un certain stade, le dirigeant égomaniaque, isolé dans sa tour d’ivoire et sourd à toute forme de remise en question, conduit à la catastrophe du système entier.

La question d’une nouvelle organisation du travail se pose donc avec urgence. Selon les spécialistes interrogés, la mutation vers des organisations horizontales, collaboratives et délivrées des pesanteurs hiérarchiques est non seulement souhaitable, mais inévitable. Le système égonomique a clairement montré ses limites : place à l’économie du partage des ressources, des savoirs et des richesses !

Luc Fivet, écrivain

www.lucfivet.fr

 

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