Les jeunes générations… et l’illusion d’optique

Il est courant d’attribuer à la génération Y des caractéristiques qui perturbent les entreprises. Or, il importe de voir que les bouleversements prévisibles – dans la communication interne des organisations notamment – ne lui sont pas exclusivement imputables. Quoique les plus âgés aient davantage été façonnés par la discipline, tout le monde se rejoint autour d’un même désir d’émancipation.

S’épanouir. A ce verbe, voire cette injonction, correspond une évolution sociétale qui touche désormais tout individu. Même si elle ne se traduit pas encore par une foule de gens qui auraient concrètement pris en main leur existence, elle encourage les aspirations d’autonomie de chacun. Cette tendance, que le célèbre slogan « parce que je le vaux bien » illustre symboliquement depuis les années 1970, imprègne la société tout entière.

Par voie de conséquence le monde du travail, structurellement fondé sur un mode disciplinaire, est directement impacté par l’exaltation de l’initiative individuelle et par le mixage de la vie professionnelle et de la vie privée.

Cette revendication s’accélère, favorisée par les techniques comme l’accès immédiat aux informations, la possibilité de télétravail, d’interaction collaborative et de fonctionnement transverse. La vague se généralise, s’amplifie, et les organisations de travail s’y adaptent peu ou prou. Certaines, qui anticipent, en font même des arguments de recrutement ou des moyens de fidélisation du personnel, telle l’invitation « développez votre potentiel avec nous ! » d’un grand acteur du numérique. Communiquer de manière différenciée au sein des entreprises devient alors indispensable.

Les jeunes générations exigent, avec un naturel qui en désarme plus d’un, de vivre au travail un peu comme chez eux. Avec l’énergie qui heureusement les caractérise, ils veulent qu’on leur fixe des objectifs ambitieux tout en affirmant conjointement l’importance de leur vie privée, y compris pendant les heures de travail.

Tout, tout de suite

Que la littérature socioéconomique insiste sur une telle exigence de leur part et la présente comme une de leurs caractéristiques exclusives, constitue… une illusion d’optique. En effet, que la génération Y soit au premier plan de cette aspiration n’empêche pas que l’ensemble du corps social soit simultanément derrière cette mouvance. Dans les enquêtes d’opinion, les classes d’âges se regroupent toutes autour des priorités sur la qualité de vie au travail. Restructurations, délocalisations, mobilité accrue, etc., les salariés dans leur majorité ont troqué leur inconditionnel sentiment d’appartenance professionnelle contre des ancrages privés. Ils ont du moins tenté des rééquilibrages, investissement dans des associations, activités créatives, etc., plus question d’attendre la retraite pour profiter de la vie ! Des différences générationnelles existent parce que les aptitudes, les pratiques et les besoins diffèrent selon les âges et étapes de carrière. Cependant dans le cadre professionnel, ce qui caractérise nettement les jeunes, c’est qu’ils n’ont pas connu les carcans organisationnels anciens et qu’ils arrivent d’emblée à l’intérieur de l’entreprise avec cette posture de consommateur apprise… à l’extérieur.

Biberonnés au « tout, tout de suite » les jeunes ne prennent guère le temps de s’accoutumer à leur nouvel emploi comme l’ont fait leurs ainés. Ces derniers ont d’ailleurs beaucoup évolué pendant que grandissaient leurs enfants ; ils s’attendent désormais à être rapidement et mieux reconnus sur le plan individuel, parce qu’ils savent eux aussi… qu’ils « le valent bien » ! Jeunes et moins jeunes s’accordent effectivement sur ce plan.

Séduire, donner envie, ne sont plus exclusivement des objectifs marketing à visée des clients, ils sont bel et bien des enjeux de management, de communication interne à l’égard des collaborateurs. Quel que soit l’âge, il ne s’agit plus de considérer l’individu comme un rouage à bien utiliser mais de l’envisager comme une intelligence à mettre en effervescence. Privilégier les ressorts de la motivation humaine et l’agilité profiterait à toutes les générations même si les plus jeunes devront, comme les autres, attendre encore que les nouvelles façons de travailler s’inventent, et se généralisent. Mais, finalement, rien n’empêche les uns et les autres de vouloir accélérer le mouvement.

 

Jean-Philippe Cathelin

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